La chronique de Gitan #4

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Moustachues, Moustachus,

Deux-mille seize. A 45 ans, je suis désormais un vrai cycliste vintage. Après de trop longues années d’inactivités, la Vieille Boucle Lustinoise qui passe sur le pas de ma porte m’a, certes, rendu l’envie de me remettre en selle mais ma première participation à l’épreuve en 2015 – sur un vélo « pourri » déniché l’avant-veille – n’est guère impressionnante sportivement parlant. C’était dur mais Bon Dieu, qu’est-ce que je me suis bien amusé ! Il ne m’en faut pas plus pour remettre le couvert en 2016 sur un vélo digne de ce nom, une réplique « Home Made » du Helyett Spéciale de Maître Jacques Anquetil. Je boucle les six tours largement dans le temps imparti. Cette fois, c’est décidé, je reprends le vélo pour de bon ! Une bande de moustachus finit définitivement par convaincre de rempiler en m’invitant, quelques semaines plus tard, à les rejoindre au Retro Ronde à Oudenaarde. Tel le Phénix, en version deux roues, je renais de mes cendres. Je me sens de nouveau cycliste à part entière.

Tim Wellens lors du tournage du clip promotionnel de l’édition 2017 de La Vieille Boucle Lustinoise

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De gauche à droite, Yannick Wellens, papy Victor et Tim Wellens

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Alors vous imaginez, quand ces joyeux drilles de La Vieille Boucle me demandent d’intégrer leur comité d’organisation, je n’ai pas l’once d’une hésitation. Tel un sprinter qui débouche aux 50 mètres pour coiffer ses concurrents sur la ligne en exultant de joie, je savoure mon retour dans le monde du vélo, mon univers. Et qui plus est, je mets ma passion au service d’une noble cause. Ma première mission consiste à dénicher un parrain pour l’épreuve de 2017. Ni une ni deux, l’idée jaillit instantanément. Nous devons associer à notre évènement rétro un jeune coureur belge talentueux afin d’assurer le lien entre le passé et le présent. Je suis convaincu que mon ancien petit protégé, Tim Wellens, acceptera de se prêter au jeu. Et de quelle manière, d’ailleurs ! Je ne m’étais pas trompé …

Tim Wellens fait partie de ceux que j’appelle affectueusement « mes petits poussins ». Au crépuscule de ma modeste carrière de coureur régional, j’endosse, en effet, le rôle de formateur dans une école de cyclisme hesbignonne. Je suis, notamment, en charge des minimes et des aspirants, des apprentis cyclistes âgés de 8 à 14 ans. Tous les ans, en janvier, en vue de préparer la saison qui s’annonce de manière ludique – à cet âge-là, le vélo doit d’abord être un jeu -, nous nous retrouvons le week-end sur le parking du hall omnisport de Waremme. C’est là qu’un dimanche de janvier 2000, je rencontre pour la première fois Yannick et Tim Wellens, accompagnés de leur maman et de papy Victor.

L’arrivée des deux frères Wellens dans notre club est un mini évènement en soi. Rendez-vous compte, Leo, leur papa, et Johan et Paul, leurs deux oncles, ont tous les trois été coureurs cyclistes professionnels dans les années 70 et 80. Ils ont même participé ensemble au Tour de France en 1981 sous le maillot Boule d’Or. Que pourrais-je bien apprendre à ces deux jeunes limbourgeois vaccinés avec un rayon de vélo ?

J’ose affirmer aujourd’hui que j’ai rarement rencontré de jeunes garçons aussi respectueux, humbles et polis que Yannick, l’ainé, et Tim, son cadet, ne l’étaient. Quand bien même ils sont tous les deux au-dessus du lot – c’est une évidence – jamais ils ne jouent les petites vedettes. Ils respectent l’esprit de groupe, participent aux exercices comme les autres et sont à mon écoute. Alors que beaucoup d’autres parents, n’étant jamais montés sur un vélo de leur vie, veulent faire de leurs progénitures des stars avant l’heure, Leo, qui pourtant connait le cyclisme mieux que quiconque, ne s’immisce jamais dans les séances que nous prodiguons à nos aspirants cyclistes. Bien au contraire, il nous aide et nous accompagne en vélo lors de chaque sortie d’entraînement.

Leo Wellens, le papa, sous la tunique Boule d’Or/Sunair Sport 80 au Tour de France en 1981.

Tim, d’un tempérament réservé comme son frère, est toutefois le plus facétieux. C’est même une petite « canaille » au sourire espiègle. Pour lui, ça ne roule jamais assez vite. Alors, il accélère et lâche le groupe … qu’il réintègre bien vite quand je le somme d’attendre le moment où je donnerai le « go » pour l’allure libre. Je vois bien qu’il « rouscaille » un petit peu mais il ne dit rien. Lui, il a juste envie de pédaler fort et vite. Pas pour jouer les stars, non. C’est simplement qu’il a le vélo dans le sang. Et ses coéquipiers plus âgés n’ont qu’à bien se tenir, Tim suit le tempo des grands sans sourciller.

Je ne compte plus les victoires de Tim dans les rangs des minimes et des aspirants. Sur route, sur piste, en VTT, en Flandres, en Wallonie, Tim rafle tout tel un mini cannibale. Au rayon de mes souvenirs personnels avec Tim, j’épinglerai son premier maillot tricolore dans la catégorie aspirants 12 ans, le 15 août 2003 à Zottegem.

Ou encore sa victoire en 2007, alors qu’il court dans la catégorie des juniors, dans la course de côte d’Herbeumont, là même où nous amenions nos aspirants au terme d’une randonnée de 100kms pour assister à la course sur le bord du parcours. Tim triomphait donc là où il avait donné ses premiers coups de pédales avec nos jeunes aspirants.

Je terminerai, enfin, par le tendre souvenir des gentilles attentions que tout le clan Wellens m’adresse lorsqu’en mai 2001, je me relève d’une vilaine chute, la hanche fracturée. Les photos montages de papy Victor – leur grand-père et supporter n° 1 –- me caricaturant avec mon vélo et mes béquilles, figurent aujourd’hui encore aux premières pages de mon carnet à souvenirs.

Les années ont ensuite passé. Nos routes se sont séparées. Je quitte le milieu du vélo, trop pris par mes obligations professionnelles, Tim fait son petit bonhomme de chemin. Chez les juniors, il brigue de nombreux accessits sur route et en VTT. Ses qualités de grimpeur lui permettent notamment de remporter la renommée Classique des Alpes devant l’espoir français Warren Barguil. Arrivé en catégorie espoirs, il se fait remarquer par de brillantes places d’honneur au Tour de Toscane ou encore au Tour de l’Avenir. En 2012, à seulement 20 ans, il passe méritoirement chez les pros au sein de l’équipe belge Lotto.

C’est véritablement en 2014 qu’il explose : 2 secondes places dans des étapes montagneuses du Giro, 4ème du classement des grimpeurs du Giro, 4ème du Tour de Lombardie, une victoire d’étape et le classement final de l’Eneco Tour et 2ème du championnat de Belgique du contre-la-montre individuel.

6ème étape du Giro, 2016

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En 2015, il participe à son premier Tour de France. Une galère de 3 semaines qui lui laisse un goût amer. Tim n’y obtient pas les résultats qu’il escomptait. Il finit pourtant la saison en boulet de canon en remportant de nouveau une étape et le classement final de l’Eneco Tour ainsi que le GP de Montréal où, dans la pluie et le vent, il terrasse Adam Yates et l’ex-champion du monde Rui Costa.

2016 est l’année de la confirmation de son talent. Il ajoute de nouvelles lignes à son palmarès. En début de saison, il remporte une étape de Paris-Nice. En mai, au terme d’une échappée dont il a le secret, il s’impose dans une étape montagneuse du Giro. La photo de Tim brandissant son vélo bien haut, la ligne franchie, fait le tour des médias.

Au Tour de Pologne, il gagne une étape puis ramène au bercail les maillots du classement final et du meilleur grimpeur. Enfin, il finit second du championnat de Belgique sur route derrière le seul Philippe Gilbert. C’est donc un jeune coureur pétri de talent qui débarque à Lustin en ce froid matin de décembre 2016, répondant gentiment à ma demande de participer au film de promotion de La Vieille Boucle Lustinoise 2017.

Dans la foulée de son mini stage à Lustin, Tim remporte ses trois premiers bouquets de la saison en Espagne. Il se classe également troisième des difficiles Strade Bianche, derrière les cadors du peloton Micham Kwiatkowski et Greg Van Avermaet. C’est certain, son ascension des Monty sur mon vélo vintage a constitué l’entraînement indispensable pour parfaire sa condition !

Tout au long de la journée, faisant preuve d’une simplicité et d’une gentillesse hors du commun, notre parrain se mêle aux lustinois et aux lustinoises et répond à tous nos délires cinématographiques.
Ce jour-là, il conquiert, non pas quelques supporters en plus, mais tout un village, désormais acquis à sa cause.

A une semaine de La Vieille Boucle, à l’occasion de Liège-Bastogne-Liège – la doyenne et la plus belle des classiques – Tim nous a de nouveau consacré un peu de son temps. Une délégation de moustachus et moustachues a ainsi eu le plaisir d’assister à la présentation de son équipe au palais des Princes-Evêques de Liège, le samedi 22 avril.

A l’annonce du nom de notre champion, les lustinois se sont largement fait entendre, sortant le chapiteau VIP de sa torpeur … à tel point que le speaker de l’évènement nous donna le micro. Une occasion unique de remercier Tim publiquement et de rappeler la belle et noble cause de notre chère Vieille Boucle.

Vive le vélo, vive Tim Wellens et vive La Vieille Boucle Lustinoise !

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2017-04-28T19:01:50+00:00